De Posof a Kayseri: les montagnes de l'Anatolie orientale, 1178 km du 17 au 29 Juin

On nous avait prevenu que la frontiere turque a Posof est difficile a franchir avec de la piste, un col a 2500m d'altitude et des portions de routes tres raides. Malgre tout, on preferait passer par cette frontiere plutot que par la cote ou le traffıc risque d'etre un peu trop important. Et puis cela nous permettait de descendre plus rapidement vers le Kurdistan et le centre de la Turquie. Et pour tout vous dire, on ne regrette rien. Surtout que finalement la piste c'etait uniqement cote Georgien, une fois en Turquıe on a le droit a un bon goudron bien lisse ! Seule la pluie aurait pu nous refroidir mais au plus fort de l'averse, on trouve refuge dans une garnison de l'armee turc qui nous apporte notre premier çay, une serviette et nous offre meme un T-shirt tout sec! On passera une bonne partie de l'apres midi avec les militaires parlant anglais, a se faire un petit lexique turc-anglais et discuter de notre itineraire en Turquie tout en buvant des çay.

Le col se fera finalement attendre pendant un bon moment avec plusieurs mauvaises surprises. Et oui, depuis qu'on a plus d'altimetre, on espere toujours que le col est juste en haut de la prochaine bosse mais une fois en haut, il y a toujours une autre bosse et ainsi de suite... et c'est fınalement quand on est dans le brouillard, qu'on ne voit pas a 3 metres (et donc pas la bosse suivante) qu'on apercoit le fameux panneau avec l'inscription ''Geçıdı'' (qui signifie col en turc)... A nous la descente!!

1er col en Turquie, le beau temps n'est pas vraiment de la partie
1er col en Turquie, le beau temps n'est pas vraiment de la partie

Les militaires nous avaient conseillé de passer par Kars plutot qu'Ardahan pour éviter des zones de forets ou les ours et les loups pourraient etre dangeureux, surtout quand on campe... Malgre la tentation de faire connaissance avec la faune locale, nous suivons leur conseil et prenons la route vers Kars pour descendre ensuite dans le nord du Kurdistan avant de filer vers la Capadocce. 

Nous passerons la premiere semaines a gérer nos journées en fonction de la pluie et des orages. Il ne se passera pas une journée sans que la pluie vienne nous rafraichir et nous essairons au maximum de faire une pause a l'abri dans un restaurant ou dans un market le temps que l'orage passe. Et le soir, nous scrutons le ciel pour s'arreter avant que la pluie n'arrive. Ca ne marchera pas toujours et on se trouvera plusieurs fois a manger nos pates sous le auvent de la tente. Et quand on se rend compte (trop tard..) qu'on a plante la tente dans un marécage, on espere que l'orage ne sera pas trop fort (par chance, on a pas eu a déplacer la tente en pleine nuit..). Mais quand on laisse passer un orage de grele a l'abri dans une boutique, on est content de ne pas avoir prolongé la pause midi d'une dizaine de minutes (ce qui nous aurait fait arriver dans la boutique apres l'orage...).

Une petite route quı passe par des gorges
Une petite route quı passe par des gorges

Nos journées sont également ponctuées par les pauses çay. De nombreux turcs ou kurdes, curieux de nous voir passer en velo dans ces regions peu touristiques de la Turquie nous invite a boire un çay le temps de leur raconter ce qui nous amene dans le coin. Nous essayons autant que possible de ne pas refuser ces invitations et du coup elle on tendance a se multiplier, mais quand on vient de se rasseoir sur la selle et que 50m plus loin un gars nous appelle de nouveau pour un thé, la non.. on peut pas... Ou alors au mois de septembre on sera toujours en Turquie!

On pourrait penser qu'apres une dizaine de mois sur les routes, on s'habitue a l'hospitalité des gens et que celle-ci devient presque "normale". Mais non, les turcs arrivent encore a nous étonner par leur gentillesse et leur sens de l'accueil. Ces moments sont toujours l'occasion de rencontres agréables avec des ouvriers construisant une nouvelle route, des retraités coupant du bois, des policiers, des vendeurs d'abricots, des turcs vivant en France et de retour au village pour les vacances... Parfois la pause ne prend que quelques minutes, et parfois elle se prolonge le temps de plusieurs çay ou meme d'un repas. Nous avons donc l'occasion d'echanger avec les turcs sur plusieurs sujets d'actualite. Si le sujet qui revient le plus souvent est la femme de notre cher president (surtout pour les hommes), l'entree de la Turquie dans l'Europe ou le Kurdistan sont des sujets sensibles... 

Lors d'une des (tres) nombreuses pauses çay (Tchai = thé) au bord de la route
Lors d'une des (tres) nombreuses pauses çay (Tchai = thé) au bord de la route

En voulant planter la tente a la sortie d'une petite ville, nous sommes rapidement appelés par de jeunes profs d'anglais de l'école voisine. Elles nous invitent a se joindre a elles pour le repas: elles fetent la fin d'année et le départ de certaines (etre en poste ici n'a pas l'air de les réjouir mais c'est un passage obligé en début de carriere). Elles viennent toutes de l'ouest de la Turquie, plus riche et plus développé, et veulent y retourner. Toutes les discussions y passent: la cuisine, l'europe, la religion, l'islam en france, la place de la femme en Turquie etc. C'est tres interessant et elles sont avides d'échanges; tres lucide l'une d'elle caricature en rigolant les occupations de la femme turc dans le ménage (pendant que l'homme boit son thé), mais nous confie qu'elle se marie dans 2 semaines et que ce sera comme ca. Un point de vue nous a cependant choqué: nous montrions comme d'habitude notre petite carte avec le dessin du trajet quand l'une remarque que le Kurdistan y est mentionné, a cheval entre les pays qu'il occupe (Turquie, Irak, Iran et Syrie), Alors l'une apres l'autre elles insistent pour bien nous faire comprendre qu'une telle région n'existe pas.. Une position si rude venant de personnes eduquées nous a bien étonné.

Nous avons traversé de nombreuses villes peuplées exclusivement ou tres majoritairement de kurdes. En discutant avec certains nous apprenons aussi que ces derniers jours de nombreux attentats meurtriers attribué au PKK (mouvement séparatiste kurde) ont visé l'armée turque dans la région. Cela explique surement pourquoi nous croisons plusieurs fois des blindés sur la route, la zone est sous tension. Pourtant d'apres la population, ca n'a pas l'air de changer plus que d'habitude.

Nous ne longeons pas la mer noire mais nous avons la possibilité de nous rafraichir dans des lacs !
Nous ne longeons pas la mer noire mais nous avons la possibilité de nous rafraichir dans des lacs !

En passant dans l'intérieur des terres, nous ratons sans doute l'occasion de se rafraichir mais nous nous rattrapons largement dans les rivieres ou les lacs. L'eau est tres presente dans cette region de la Turquie et chaque fois que nous campons, l'eau n'est pas loin. Pratique pour se faire une petite toilette apres une journee a suer sous le soleil. D'autant plus qu'en quittant les zones montagneuses et leur fraicheur d'altitude, nous retrouvons la chaleur écrasante de l'anatolie centrale, assez désertique. Dans nos silencieuses montées vers les cols, les cling-cling et blang-blang de la chaine qui touche ou du derailleur qui saute (auxquels nous ne pretons de toute facon plus attention depuis bien longtemps) sont remplacés par le spouich-spouich (c'est dur a faire) du goudron fondu au soleil qui colle maintenant aux pneus. Comme si on avait besoin de ca pour nous ralentir encore un peu!

Comme en Ouzbekistan, nous sommes en pleine saison de récolte des abricots. Sur les bord de routes, les vendeurs se succedent tous les 500 metres et on retrouve regulierement de grands champs d'abricots qui sechent sur le sol. Apres avoir été frustré pendant deux mois au Pakistan, on s'est bien rattrapé... 

Campement dans un verger d'abricotiers (presque pas mal au ventre le lendemain ;-) ..)
Campement dans un verger d'abricotiers (presque pas mal au ventre le lendemain ;-) ..)

Dans cette partie de la Turquie, il vaut mieux parler francais ou allemand qu'anglais pour se faire comprendre. Nous sommes impressionnés par le nombre de personnes ayant sejourné a un moment dans au moins l'un de ces deux pays. Dans absolument tous les villages ou nous nous arretons, aussi reculé et petit soit-il, rapidement une personne vient nous heler par un "sprechen sie deutsch?" ou un "vous etes francais?". Cela fait bizarre mais c'est en meme temps bien pratique pour la communication. Cette région étant plus pauvre que l'ouest, cela explique qu'il y est plus d'emmigrants partis travailler en Europe.

Apres nous avoır invité a déjeuner, les ouvriers repartent au boulot !  (et nous sur notre vélo)
Apres nous avoır invité a déjeuner, les ouvriers repartent au boulot ! (et nous sur notre vélo)

Nous arrivons finalememnt a Kayseri, aux portes de la Capaddoce apres 13 jours de velo et deja presque 1000 km en Turquie. Nous decouvrons une ville moderne avec ses grandes avenues, son tram tout neuf, ses bus qui roulent au gaz, ses grands centres commerciaux et ses immeubles residentiels. Une ville surprenante de pres d'un millions d'habitants alors que nous n'avons pas vu l'ombre d'un hameau (ou presque) depuis plus de 150 km... Comme dans la plupart des villes traversées en Turquie, le centre fait toujours tres moderne et ne seraient-ce les mosquées qui pointent ca-et-la leurs minarets tels des fusées vers le ciel, on pourrait se croire dans une ville européenne.

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Commentaires : 10
  • #1

    Michel (mercredi, 30 juin 2010 16:39)

    500 gr de pâtes par jour x 10 mois de vélos = 150 kg !
    vous auriez pu vous faire sponsoriser par spanzani!
    courage bientôt l'italie et ses spagettis al vongole

  • #2

    Manu Combeaux (mercredi, 30 juin 2010 23:48)

    Si vous passez à Uçhisar( Cappadoce), donnez le bonjour à Bayram Tug (avec un accent sur le "g") au resto House of Memories s'il existe toujours...(2003!) Bon accueil, belle vue...

  • #3

    Nadine (jeudi, 08 juillet 2010 09:03)

    La gentillesse des turcs et leur accueil plein de tact m'avaient marqué (il y a longtemps!)
    La Cappadoce est unique, surtout au soleil couchant avez-vous remarqué?
    Profitez bien de vos dernières semaines (déjà)
    Comment on va faire pour voyager assis quand vous serez rentrés? C'est malin çà!

  • #4

    Lotte (jeudi, 08 juillet 2010 21:40)

    Salut,

    je vote 1 (passage par la croatie): j'en garde un bon souvenir, c'est très beau, alors ne vous privez pas!
    C'est fou, en regardant sur la carte on a l'impressin que vous êtes quasiment arrivés... profitez-bien ça va passer trop vites ces derniers km

  • #5

    Jean et Geneviève (samedi, 10 juillet 2010 16:56)

    Nous t'

  • #6

    Chaska (dimanche, 11 juillet 2010 03:31)

    J'aime bien vos explications, j'aime bien vos photos, elles me parlent (elles papotent). Vous mettez des ptits ingrédients dans les pâtes? ou c'est de l'ordre du nature peinture?
    Le çay va finir par vous manquer, car vos palais s'y seront habitués!
    Profitez de vos derniers kilomètres (comme s'il vous en restait que 2 ou 3!! héhé!) et de toutes les belles rencontres que vous faites. Chaska

  • #7

    Myriam (dimanche, 11 juillet 2010 14:18)

    Mmmh les abricots!
    je vote 1 aussi, vous n'allez pas non plus vous reposer en bateau!!! ;)
    Nico on t'attend pour le 20 aout a Seysses, j'espere que tu n'auras pas de retard sinon je serai deja repartie a Barcelone...
    bisous

  • #8

    Nıco (dimanche, 11 juillet 2010 17:21)

    Bon j'espere qu'ıl y aura un peu de vent dans le dos...

  • #9

    Piju (dimanche, 11 juillet 2010 19:34)

    Je tape 1!
    Super recits et photos!
    Je transmets vos amitiés aux danoises!
    Piju

  • #10

    Caro et Guitoon (lundi, 12 juillet 2010 11:48)

    Toujours aussi belles photos avec anecdotes à la carte, merci!!
    Nico, nous avons tenu notre engagement avec Tom et Marion, direction la Croatie du 28 août au 4 septembre... alors va faloir pédaler!!!
    Et pour ma part (Caro), je retourne faire un séjour à la Réunion en novembre!!!
    On t'embrasse bien fort.
    Bonne continuation à tous les 2