Kayseri - Edirne : de la Capadocce a la Bulgarie, 1300 km du 30/06 au 16/07

Nous vous avions laissé a Kayseri, située au pied des 4000m du Mt Erciyes. C'est à ce volcan, aujourd'hui éteint, et à son petit frere un peu plus au sud, que l'on doit les surprenants paysages de la Cappadoce. Le lent travail d'érosion de l'eau sur les roches basaltiques deposées par ces cracheurs de feu a créé une série de formes plus incoyables les unes des autres. Les hommes se sont toujours interessés a cette région étrange ou la nature semble avoir laissé libre cours a un exces d'extravagance mais ce sont surtout les communautés des premiers chrétiens qui ont ajouté a la magie du site en créant des centaines d'habitations, églises, monastères creusées dans la roche. En quittant Kayseri, c'est donc vers ce site que nous nous dirigeons, le seul site touristique ayant influé sur notre itinéraire: celui-ci nous ne voulions pas le louper!

Comme a chaque fois apres une longue période sans contact "occidental" (depuis Tbilissi nous n'avons croisé que 3 touristes, tous a vélo), l'immersion dans le bain touristique est toujours un peu rude, on ne se sent pas a notre place et un peu perdu. Mais rapidement nous savons aussi en tirer les bons cotés: Quelle bonne idée d'avoir installé ce camping avec piscine! Et puis les commentaires des guides des groupes sont souvent interessant (faut juste pas tomber sur un guide parlant japonais ou italien..)

Pres de Goreme au coeur de la Capadocce
Pres de Goreme au coeur de la Capadocce

L'histoire de la Cappadoce est assez compliquée, ici ce sont succédés les Hittites, les Phrygiens, les Seldjoukides et bien d'autres, mais ce qui nous interesse ce sont surtout les communautés chrétiennes du IIIe au XIIe siècle qui, pour se protéger des nombreux raids arabes ont construits des habitations, des églises, et meme des cités entières creusées dans la roche avant que cette religion ne devienne acceptée dans la région. Nous n'avons pas tout compris de l'influence de St-Basile sur le courant religieux local ou la différence entre les fresques byzantines de la nativité et celle de st-Georges tuant le dragon (guide espagnol..) mais c'est joli quand meme. C'est vraiment impressionnant de se promener dans ces sites et de constater les milliers d'excavations faites par l'homme. Les villages entièrement troglodytes pourraient faire penser a un monde féérique habités par d'étranges créatures..

Guzelyurt et ses maisons taillees dans la roche
Guzelyurt et ses maisons taillees dans la roche

Apres 2 jours entre les visites touristiques et les moments de detente au bord de la piscine du camping, nous quittons Goreme pour Guzelyurt et la vallee d'Ilhara. Nous prenons les petites routes et les differents sites tourisiques se succedent. Nous croisons notamment de nombreuses cites souterraines construites pour échapper aux invasions des Perses et des Arabes entre le Veme et le Xeme siecles. Ces veritables villes souterraines peuvent s'etendre sur plusieurs km2 et descendre de plusieurs dizaines de metres dans le sol. Les chemins entre les differentes pieces sont parfois de grandes galeries et parfois tout juste assez grands pour se faufiler a quatre pattes... 

La route est sympa, et aussitot que nous quittons les sites un peu touristique, les turcs redeviennent naturel, nous invitant pour un çay et nous saluant chaleureusement.

En arrivant a Guzelyurt, un probleme se pose : ou planter la tente pour pouvoir venir regarder la demi fınale de la coupe du monde de foot dans un des cafes de la ville (et oui meme apres 10 mois a se balader sur les routes d'Asie on n'oublie pas les choses importantes ;) ). Sur la place du village, on voit un petit parc derriere la statue d'Ataturc avec de la bonne herbe bien rase et des tables de picnic, on se dit : ''ca serait parfait ici''. Avec l'autorisation du premier turc qui passe, nous debalons nos affaires dans un endroit un peu a l'écart et preparons rapidement nos fameuses pates-ketchup avant d'aller voir ce ''fabuleux'' match dans le cafe d'en face. D'une maniere generale, il n'y aura pas beaucoup d'engouement pour la coupe du monde en Turquie et nous nous retrouvons rapidement seul devant la tele en esperant que le cafe ne fermera pas avant la fın du match..

A Guzelyurt, nous trouverons tout ce que la Capadocce peut offrir (bizarrement sans les touristes, restes a Goreme), on s'y sent bien mieux : des eglises avec quelques fresques, une cites souterraine, de nombreuses habitations construites dans la roches (certaines sont habitees, ce qui donne un peut de vie au site), une vallee de monastere... Apres avoir passe une matinée a visiter la vieille ville, nous prenons la direction d'Ilhara et son canyon bordé de falaises verticales au pied desquelles ont été creusées eglises et maisons. 

Galerie Cappadoce

Apres la Cappadoce commence une partie moins interessante: la grande région plate et plutot désertique qui entoure le grand lac salé - Tuz Gölü - d'autant moins interessante que dans cette zone on a plus trop le choix des routes: Il faut prendre les grands axes, bourrés de camions filant de, et vers, la capitale. Le seul avantage de cette région c'est que c'est plutot plat, le seul coin plat du "plateau" anatolien d'ailleurs; on voit que le géographe qui a trouvé ce terme n'a pas traversé l'Anatolie a vélo, sinon il aurait surement appelé ça le massif anatolien ou les collines d'Anatole ou.. Enfin on a quand meme le droit a de jolis paysages et puis ca ne dure "que" 200 km, meme pas le temps de s'ennuyer..

On a fait un détour par le pole nord, il faisait trop chaud en Turquie
On a fait un détour par le pole nord, il faisait trop chaud en Turquie

Nous sommes content de reprendre les petites routes (pour by-passer Ankara) qui passent par des villages et donc amènent plus de vie aux étapes. Notre carte turque étant très peu précise, nous nous arretons dans les cyber pour recopier qques infos recoltées sur viamicheline ou glougueulmap et partons a la decouverte de petits villages. Les routes ne suivent pas vraiment une ligne droite et nous retrouvons les pistes mais c'est tout de meme un luxe qu'on apprécie de pouvoir rouler quasi seul, juste un tracteur rempli de femmes allant aux champs ou une moissoneuse-batteuse de temps en temps (on est en pleine période de moisson). Avec la chaleur qu'il fait nous les plaignons (elles se disent d'ailleurs peut-etre la meme chose en nous voyant..)

Ce qui nous amuse, ce sont toutes ces rangées d'hommes assis en ligne a l'ombre d'un mur ou d'un arbre, la tasse de thé jamais très loin: chaque village a la sienne et immanquablement a notre passage les appels fusent, tchai! tchai ! En revanche on a noté un certain mimétisme dans ces brochettes de buveurs de thés, une fois ce ne sera que de petits vieillards coiffés d'un bonnet de coton, une autre de solides moustachus faisant une pause dans les travaux des champs, la prochaine de bruyants joueurs de dominos (il doit y avoir de l'enjeu attention, on rigole pas avec les dominos). Meme aussi loin dans l'ouest, certains villages sont encore peuplés uniquement de kurdes.

Ca parait évident, il faut qu'on passe a la moustache...
Ca parait évident, il faut qu'on passe a la moustache...

Pour un soir de match, nous essayons d'arriver dans un village pour profiter du spectacle et se joindre a l'exceptionnelle ferveur (tout le monde s'en fout royalement..). C'est donc ce qui nous amène a la petite bourgade de Beylıkova, qui restera un symbole de la gentillesse turc: Au passage dans la rue principale, une invitation fuse (normal) c'est Mustafa, un jeune fermier, et Ilash, un jeune militaire, qui nous proposent une limonade (original), suivi quand meme d'un tchai et de patisseries. Nous nous mettons en suite en quete d'une douche (la piscine de Goreme etant deja loin..) mais l'employé municipal qui insiste pour nous la payer veut d'abord aller boire un tchai, va pour le tchai. Il nous conduit ensuite a un emplacement ou on peut mettre la tente et nous dépose devant le restaurant auquel Mustafa nous a invité plus tot.. Nous retrouvons ensuite Mustafa et Ilash pour le fameux match que nous regarderons d'un oeil distrait en buvant tchai, nescafés et bieres sans pouvoir une seule fois vider un peu notre porte-monnaie..

Le lendemain, dès le réveil, ce sont 2 jeunes plantés devant la tente qui nous propose un jus (suivi d'un tchai bien sur, mais est-ce la peine de le préciser? vous commencez a comprendre comment ca marche), pris par surprise nous acceptons.. Avant de quitter la ville nous voulons tout de meme aller acheter un paquet de gateaux, nous ressortirons du magasin les mains pleines de cerises après que le vendeur, qui n'arretait pas de rigoler, nous ait montré une meilleure route sur internet...

Après ces tourbillons d'attentions, c'est toujours avec une certaine émotion que nous quittons un village qui a accueilli comme des rois deux voyageurs inconnus.

Bon bah là apparement c'est tout droit, facile..
Bon bah là apparement c'est tout droit, facile..

En ce 11 juillet en fin d'apres midi, nous arrivons a Karacabey, petite bourgade de 50 000 habitants (alors que d'apres la carte, ce village ne devait pas dépasser 5 000 ames..) et comme c'est soir de finale, nous cherchons comment faire pour regarder le match en ville : les hotels sont trop cher pour notre petit budjet et mettre la tente sur la place du village risque d'etre un peu plus compliqué qu'a Guzelyurt... 

Alors que nous hèrons dans les rues de la ville a se demander si la police ou la mairie accepteront que nous campions dans un petit coin d'herbe ou s'il n'est pas preferable de rouler quelques kilometres en esperant trouver une plus petite ville, Latif et Tamer nous viennent en aide. D'abord en nous proposant de partager leur repas/soiree puis nous voyant sans abri pour la nuit, en nous proposant de dormir dans un de leur camions (apres avoir insiste pour nous payer l'hotel). Il se trouve que Latif avait organisé un petit barbeuk pour feter le mariage prochain de son ami Tamer : meme si nous ne verrons pas grand chose de la finale, nous passerons une soirée tres sympa en leur compagnie.

Le lendemain matin, le reveil en plein soleil dans la benne du camion est un peu plus difficile.. Nous retrouvons Latif qui nous offre le petit déjeuner et apres quelques tchai, nous prenons la route vers Bandirma alors que Latif et Tamer prennent la direction d'Istanbul pour un mariage. Leur gentillesse et leur hospitalité nous auront beaucoup touché et nous repartons sans trop savoir comment les remercier.. 

Un énième tchai avec Latif et Tamer avant de se séparer
Un énième tchai avec Latif et Tamer avant de se séparer

Apres plus de 3 semaines a pédaler en Turquie, nous atteignons enfın la mer de Marmara!  Cela fait du bien de pouvoir pédaler en bord de mer, de retrouver des odeurs d'oliviers et de figuiers. Mais la mer n'amène pas vraiment de fraicheur a nos journées, maintenant non seulement nous suons a grosses gouttes en pédalant mais en plus la tente devient un sauna pendant la nuit. Dans ces conditions, la seule solution que nous avons trouvé, c'est de se rafraichir dans la mer pendant nos pauses, et c'est bien agréable!

Dans les villes de bord de mer, nous constatons une fois de plus qu'en Turquie, si tout le monde est musulman, chacun suit la religion comme il l'entend. Sur les plages les femmes peuvent donc se baigner en maillot ou garder leurs habits et leurs voiles.

Pic-nic baignade devant la mer de Marmara
Pic-nic baignade devant la mer de Marmara

Après la jolie ville de Bandırma et quelques bivouac au bord de l'eau, nous arrivons au détroit des Dardanelles, qui relie la mer Egée a la mer de Marmara. Nous prenons le bac pour traverser les 2-3km d'eau qui séparent l'Asie de l'Europe. Une traversée bien symbolique pour nous puisqu'elle marque la fin de 10 mois de balade sur le grand continent et un retour sur notre vieux continent (meme si, rassurez-vous, c'est loin d'etre la fın du voyage puisqu'il reste encore près de 2500 km!). Cette dernière étape en Asie nous a beaucoup plu, les Turcs ont rendu notre traversée de leur pays très agréable, toujours pleine de rencontres et de surprises.

Nous parcourons les derniers kilometres nous séparant de la Bulgarie rapidement, sur une grosse route sans trop d'interet. Juste le temps de boire un tchai ou deux (ou 6 ou 7 en fait) chez une famille où on s'abrite le temps d'un orage, avec un gardien de nuit qui nous autorise a mettre la tente et nous nourrira matin et soir, avec un pompiste pendant qu'on fait le plein d'eau etc etc. Les villages de campagne sont bien developpés et contrastent avec la campagne de l'Est de la Turquie plus rural et plus pauvre.

Et dans quelques km la Bulgarie..

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Commentaires : 9
  • #1

    Ade colloq (samedi, 17 juillet 2010 09:06)

    Ca y est on se rapproche....
    Romain, tu pourras remercier Miks pour la superbe recette de pâtes au ketchup!!!!
    A TRES bientôt

  • #2

    Agnès (samedi, 17 juillet 2010 12:22)

    Mais, Romain, que vois je ? tu as un nouveau short !
    Toute cette région traversée parait splendide; merci !
    Bises maman

  • #3

    jojo (lundi, 19 juillet 2010 12:52)

    Salut les gars,

    Le périple continue, riche en rencontres, profitez bien. De mon côté, j'ai eu un p'tit souci mais ca va beaucoup mieux (jettez un oeil sur mon blog, vous comprendrez).

    Vivez à 100% l'aventure, ca me manque trop.

    A bientot

    Jojo

  • #4

    Jean-Luc et Agnès (mardi, 20 juillet 2010 00:09)

    Bonjour les routards,

    Impressionnant ce Cappadoce, et cette fraternité de rencontre.
    Pour les matches de foot c'est pas grave : Bon Papa vous racontera: (ILS SONT NULS CES BLEUS....et la suite)
    J'ai raté qque chose? Je n'ai pas encore vu de traversée en pédalo.
    Profitez bien de chaque rencontre.

    Grosses bises
    Jluc et Agnès

  • #5

    Neda (mardi, 20 juillet 2010 10:58)

    It's so interesting to read your impressions of Turkey. Have to admit I'm relieved it went well and you safely reached Sofia :)

  • #6

    Candice F. (mardi, 20 juillet 2010 11:09)

    Toujours aussi sympa de prendre de vos nouvelles et voir un peu où vous en êtes ! Ca fait toujours aussi envie comme trip... Bravo pour votre boucle Asiatique. Vous avez dû en prendre pleins les yeux (et les mollets) pendant ces 10,000 derniers kilomètres! Je reviens de Turquie et moi aussi j'ai été totalement charmée par le sens de l'accueil et la gentillesse des Turcs ! Bonne continuation sur les routes Européennes en espérant qu'elles soient toujours aussi propices aux pauses tchai et à plein de rencontres. Bises.

  • #7

    Nadine (mardi, 20 juillet 2010 13:03)

    J'y crois pas, j'ai dormi dans une des cavités du village à moitié écroulé , celle qui est une ancienne église avec des fresques peintes, au milieu de la photo, deuxième corniche...je reconnais tout, la place et le front de falaise...(en 1983)! Un des cafés du village était tenu par un turc ancien ouvrier de Renault.
    Vive la Turquie!
    bises Nadine

  • #8

    Mag & Jules (vendredi, 23 juillet 2010 16:53)

    Je kiffe votre choix de camping, trop la classe ! Tout ce périple ne vous aura au moins pas fait perdre les vraies valeurs de la vie !!
    ;-) (y avait un spa aussi ?)

  • #9

    Didier (dimanche, 25 juillet 2010 10:34)

    salut les bronzés,
    dites donc je vous ai quitté au Népal la dernière fois et je vous retrouve en Bulgarie!! vous roulez trop vite pour moi. Je vais avoir plein de pages du blog à lire en retard. Toujours aussi intéressant en tout cas, vous faites rêver. Dommage que vous n'ayez pas trouvé la ferveur turque pendant la coupe du monde. C'est qu'il est loin le temps où basturk, hakan sukur et umit davala mettaient le feu à la world cup. Pas d'inquiétude, c'était calme aussi en france cette coupe du monde...
    Portez vous bien, bonne route en europe
    A+
    Didier