Side Trips: Astore valley et Peshawar

En attendant que notre visa Iranien soit pret a Islamabad, nous avons une semaine pour profiter des montagnes autour de Gilgit. Nous sommes encore tot dans la saison, et la neige présente a partir de 2500 metres limite nos choix de balades. Apres deux jours de repos a faire le tour de la sympathique petite ville de Gilgit, nous optons pour la vallée d'Astore, autour du massif du Nanga Parbat, en espérant que le temps plutot nuageux et pluvieux ces derniers jours se montrera plus clément.

Pif, un francais qui partage notre dortoir a Gilgit se joint a nous pour cette excursion et c'est donc a 3 que nous nous entassons dans le minibus, pret a refaire notre derniere etape de velo en sens inverse avant de nous enfoncer dans une petite gorge derobée, qu'on distingue a peine dans cet univers mineral. Astore est un petit village perché a flanc de montagne, entouré par des prairies et quelques forets et dominé par des cimes enneigées. Le decor est grandiose, et un peu de verdure nous fait du bien apres le désert minéral qui longe l'Indus jusqu'a Gilgit.

Pause tchai (thé) dans un daba pendant le trajet en bus; lors des longs trajets on s'arrete aussi pour les prieres
Pause tchai (thé) dans un daba pendant le trajet en bus; lors des longs trajets on s'arrete aussi pour les prieres

A peine arrivés et installés dans une petite guest-house, nous partons en direction du Rama Lake, un petit lac situé au dessus du village. Les informations récoltées sur la balade sont un peu contradictoires, et nous partons en espérant que le chemin sera facile a trouver (nous avons bien une carte du Lonely planet...). Le début se passe tres bien et en demandant notre chemin dans le village, des enfants nous guident quelques centaines de metres jusqu'a la sortie du village. Ils nous regardent tout de meme étonnés quand on leur dit ou nous souhaitons aller.. Bon ok, le lac est a 3500 metres, mais ce n'est pas un peu de neige qui va nous faire peur, meme avec des chaussures trouées..(Oui, nos 4 chaussures sont trouées depuis longtemps mais on s'y attache..) La suite sera un peu plus compliquée : comme prévu, le neige arrive et tres rapidement le chemin n'est plus visible du tout. Nous essayons de nous repérer avec une photocopie de la carte du Lonely planet et décidons de monter sur la "petite bute" devant nous en espérant voir quelque chose. Nous nous retrouvons rapidement au milieu de la foret dans une pente raide avec de la neige jusqu'aux genoux, et cette bute qui ne semble jamais arriver... La nuit arrivant, nous finirons par faire demi-tour, les pieds gelés et sans doute tout pres du lac (en meme temps, il doit etre tout blanc, l'aurions nous distingué?). De retour au village c'est avec beaucoup de plaisir que nous nous installons au bord du poele pour se rechauffer et faire secher nos affaires!! Au final, meme sans lac, la balade fut tres sympa, au milieu de la foret avec une vue magnifique sur les sommets enneigés.

Anes, moutons et dzos (croisement vache/yak) paissent dans la vallée d'Astore
Anes, moutons et dzos (croisement vache/yak) paissent dans la vallée d'Astore

Le lendemain, nous prenons la direction de Tarashing, au fond de la vallée d'Astore, point de départ pour une petite randonnée menant a un des camps de base pour l'ascension du Nanga Parbat. Effectuer les 40 km entre les deux villages nous prendra presque toute la journée : la seule jeep commune permettant de rejoindre Tarashing part en début d'apres midi, une fois pleine et nous preferons partir a pied dans la matinée en esperant faire un peu de stop. Nous ferons finalement la moitié du chemin a pied et le reste a l'arriere d'un camion-poulailler qui ravitaille la vallée en poulets.

Le temps est parfait et lorsque nous approchons de Tarashing, nous avons droit a une magnifique vue sur le Nanga Parbat, sans un nuage. Cette face qui s'eleve sur plus de 4500 metres de denivelé (la plus haute paroi rocheuse au monde quand meme..) est vraiment impressionnante. Le Nanga Parbat est connu sous le nom de "killer mountain" pour la difficulté de son ascension et le grand nombre d'alpinistes qui périrent au cours de leur tentative d'ascension.

Le lendemain, nous partons marcher jusqu'a ce camp de base toujours avec Pif, ou nous pic-niquons au pied du glacier, chacun la tete dans son sac plastique de riz froid, regrettant un bon sandwich aux rillettes, mais on a deja un beau soleil on ne va pas se plaindre! Sur la route, nous traversons un village estival, les habitants de la vallée viendront l'habiter avec leur betes des que la neige aura un peu fondu.

Au pied de l'imposante face sud du Nanga Parbat
Au pied de l'imposante face sud du Nanga Parbat

Comme un peu partout au Pakistan, la vallée d'Astore est peuplée de sunnites et de chiites, deux des principales branches de l'Islam. Ces deux courants se differencient par le choix du successeur au prophete Mahomet. Les chiites considerent que selon l'exigence du prophete, son cousin et gendre Ali est son successeur legitime alors que les sunnites reconnaissent Abou Bakr comme premier successeur de Mahomet (et donc premier calife, mais tout le monde sait ca, pas besoin d'insister). 

Au pakistan, 75% de la population sont sunnites, 20% sont chiites, le reste étant composé notamment des minorités chretiennes et Ismaéliques. Des tensions entre chiites et sunnites se créent parfois au Pakistan et meme au fond d'une petite vallée comme Astore, on n'est pas a l'abri de ces querelles de minarets. Le propriétaire de la guest house ou nous dormons a Tarashing (village exclusivement chiite) nous expliquera par exemple qu'il faut se méfier des habitants du villages d'a coté (exclusivement sunnite)!!

C'est un peu la meme histoire quand nous parlons des talibans, quand nous essayons de savoir ce que les gens en pensent. Apparement les talibans, ils sont toujours juste a cote, dans le village d'apres mais personne n'en a jamais vu.. Ca reste assez difficile de demeler le vrai du faux.

En revanche ce qui est sur c'est que meme au fin fond des vallées, les jeunes filles vont a l'école (et ca, ca ne plairait pas aux talibans, qui comme vous le savez interdisent l'éducation des femmes, entre autres choses). On croise ainsi de nombreux enfants garcons ou filles qui, des 7h du matin, s'en vont traverser le glacier, cahier sous le bras, pour aller rejoindre l'ecole la plus proche. Je ne peux m'empecher de penser au trajet qui me menait a l'ecole a leur age.. quelle différence.. Et pourtant quand je demandais a un écolier d'Astore ce qu'il voudrait faire plus tard, il m'a repondu dans un anglais impeccable "etre plus diplomé que tout le monde". Ces ecoles de fond de vallée sont une aubaine pour les nouvelles generations et leur ouvrent des perspectives que leurs parents n'avaient pas.

Mais qui montera donc les betes aux paturages d'été dans 20 ans?...

Au fond de la vallée, pendant que des hommes ramenent du foin, des jeunes filles rentrent de l'école
Au fond de la vallée, pendant que des hommes ramenent du foin, des jeunes filles rentrent de l'école

Apres notre deuxieme nuit a Tarashing et un classique petit dej de tchai et parantha (galette de blé revenue dans un bain d'huile) nous prenons la jeep de retour pour Astore. Ca c'est du 4x4, pas du SUV pour monter les trottoirs parisiens, non, une bonne vieille jeep qu'on charge a fond, une quinzaine a l'intérieur, 5-6 sur le toit (ou nous passerons tous le voyage) et les 3 retardataires qui s'accrochent comme ils peuvent derriere. Apres on rajoute les bagages bien sur, les fagots de bois, les chevres etc. Tout cela est tres amusant. Du moins le premier quart d'heure.

De retour a Gilgit, le 9/04, nous partons aussi en velo explorer une petite vallée. A l'entrée de celle-ci il y a encore des gravures bouddhistes, présentes un peu partout dans la région.

Puis on se dit qu'il est temps de faire un saut a Islamabad pour recupérer notre visa iranien, qui depuis le temps devrait etre pret. En fait de saut, il faut quand meme faire 20h de bus aller, 20h retour; sur la mauvaise route qu'on a mis 10 jours a parcourir. C'est frustrant de revenir en arriere comme ca mais de toute facon on a pas trop le choix..

Nous voila donc reparti sur la KKH, dans l'autre sens!

Peshawar, du 14 au 18 avril

De retour a Islamabad apres 20 heures de bus, nous apprenons qu'il faut encore attendre jusqu'au 20 avril pour recuperer le visa Iranien... Aarghh!, mais c'est une blague!! Non. Que faire, on ne va quand meme pas attendre une semaine de plus a Islamabad. On se décide donc pour aller visiter Peshawar en compagnie de voyageurs rencontrés au camping d'Islamabad.

 

 

Dans la chaleur de Peshawar (35 degres) il faut se depecher si on ne veut pas perdre sa marchandise de blocs de glace !
Dans la chaleur de Peshawar (35 degres) il faut se depecher si on ne veut pas perdre sa marchandise de blocs de glace !

Peshawar est aujourd'hui tristement connue en Occident pour les attentats qui la touche tres régulierement. Mais la ville est avant tout une des plus anciennes cités de la région et a été pendant longtemps au centre du commerce entre le sous continent Indien, l'Asie centrale et l'Afganistan. Un temps bouddhiste, dans le royaume de Gandhara, puis ayant recu des influences grecs avant l'arrivée de l'Islam la ville a une riche histoire. Aujourd'hui c'est la capitale de la culture pachtoune et de l'art traditionnel pakistanais en général. En se perdant dans l'immense bazar de la vieille ville, on sent encore ce effervescence culturelle et on y retrouve toujours une grande partie de l'artisanat pakistanais et afghan. 

L'immense bazar de la vieille ville
L'immense bazar de la vieille ville

La ville est située a seulement quelques dizaines de kilometres de la khyber pass, la frontiere afghane et borde les zones tribales pakistanaises. Ces zones tribales, insoumises au gouvernement, sont de véritables zones de non-droit ou fleurissent en toute liberté les marchés paralleles: drogues, armes, materiel hifi et voitures volés etc.

La proximité de la frontiere a aussi amené un flot de réfugiés venant d'Afghanistan et des camps de tentes ou de briques sont construits autour de la ville. La plupart des refugiés ont maintenant quittés ces camps de misere pour retourner dans leur pays mais beaucoup d'afghans ont aussi reussi a trouver du travail pour s'installer en ville. De chaque coté de la frontiere, comme dans les zones tribables, c'est une seule et meme ethnie, celle des patchouns, qui domine et ils n'ont donc pas de difficulté a s'intégrer.  

Artisant specialisé dans le pakol, le chapeau traditionnel des pachtouns
Artisant specialisé dans le pakol, le chapeau traditionnel des pachtouns

Ici comme ailleurs, les hommes pakistanais sont toujours tres accueillants (les femmes on sait pas, on peut pas leur parler), mais souvent un peu dubitatifs quand on leur dit qu'on est ici en "touriste". Les habitants vivent en effet dans la crainte du prochain attentat et meme si la vie suit son cours normal, le sujet revient vite dans la discussion. Un pakistanais qui nous avait invité pour un thé nous fait ensuite la visite du bazar, ponctués par des commentaires morbides; ici telle date, tant de vicitimes et ainsi tous les 50m.

C'est dommage, car l'atmosphere de la ville est tres prenante avec une belle architecture, des habitants chaleureux, on pourrait se balader des journées dans ce bazar, a juste regarder la vie de ces petites ruelles, entre les charettes a cheval et les enfants qui courent pieds nus. Nous sommes tres content d'etre venu mais aussi un peu soulagés de la quitter, une ville ou marcher ressemble a jouer a la roulette russe n'est pas pour nous.

Comme en Inde, les cerfs-volants sont tres presents au Pakistan, et contrairement a l'Inde, on trouve aussi beaucoup de viande!
Comme en Inde, les cerfs-volants sont tres presents au Pakistan, et contrairement a l'Inde, on trouve aussi beaucoup de viande!

De retour a Islamabad, quand nous recevons enfin le code du ministere des affaires etrangeres iraniens, le sesame pour le visa, nous apprenons que l'ambassade elle ne l'a pas recu et qu'il nous faut encore attendre quelques jours. Cette fois c'en est trop, on etait pret du but mais tant pis la decision est prise: Pas d'Iran!

Cela veut dire, qu'il faudra refaire le tour des ambassades en Ouzbekistan pour maintenant passer par le Kazakstan, la mer caspienne, l'Azerbaidjan, la Georgie... mais on ne veut plus attendre ici, on a besion d'avancer!

 

Commentaires : 8
  • #8

    Masticating Juicer (vendredi, 19 avril 2013 08:04)

    I shared this on Facebook! My pals will definitely enjoy it!

  • #7

    Jean-Luc et Agnès (mardi, 04 mai 2010 22:29)

    Bonjour,

    Pour la mer Caspienne, on espère bien vous voir en pédalo ;-)

    Bons treks à nouveau dans les montagnes

    Bises
    Jluc et Agnès

  • #6

    etienne.combeaux@gmail.com (dimanche, 02 mai 2010 15:41)

    Bonjour !
    De notre Guyane chaudement tropicale, nous vous suivons pas à pas, apprécions fort la qualité de vos comptes-rendus, les cartes, les photos et autres vidéos... Chapeau !
    Bonne continuation dans vos altitudes, ménagez vos montures, et à très bientôt, avec sûrement pour vous deux une autre vision du monde, je veux dire plus complète et plus apte à comprendre sa complexité, et probablement d'autres projets en tête qui nous ferons encore rêver, nous autre sédentaires (enfin, en ce moment) !

    Affections de Paquita, Etienne, Chaska et Tania

  • #5

    Claude (jeudi, 29 avril 2010 17:42)

    Mohit me demande comment tu vas Romain! Je pense qu'il n'en est toujours pas revenu que tu puisses prendre 1 an de vacances :)

  • #4

    Myriam (dimanche, 25 avril 2010 00:39)

    Cool les nouvelles :)
    A Lisbonne je me mets aussi au velo pour revenir du boulot, je vous soutiens a distance! Les beaux jours reviennent, et je vais feter mes 25 ans le week end prochain a Lisbonne, ca va etre chouette!
    Bisous

  • #3

    Priyanka et Rakesh (samedi, 24 avril 2010 23:41)

    Effectivement vous passez inaperçus ! Décidément Romain t'aimes bien changer de coupe de cheveux (on se rappelle de la crête rouge à Nantes, ça aurait pu choquer à Peshawar;))

    On vous embrasse, bonne route !

  • #2

    BP B M (mercredi, 21 avril 2010 10:57)

    enfin un pzu de nouvelles les administrations ne sont pas mieux que la France sauf la greve comme kametju nous attendios des nouvelles fraiches vous allez revoir les coutumes europeennes boire une bonne biere avc un bon steck frites a bohai tout vas bien ou a peu ^pres aurelie et eric sont en pleine preparationpour le 3
    juilletesperant avoir du beau temps pas de nouvelles de seysses nous esperons que la sante va bien a vous deux grosses bises de toute la famille bon papa bonne maman

  • #1

    kametju (mercredi, 21 avril 2010 09:05)

    Enfin qques news ! C'est que nous regardons tous les matins. Puis j'ai rêvé de vous la nuit dernière ! Vous arriviez tranquille chez nous comme ca en disant y en a marre d'attendre le visa iranien alors on a laisse les vélos, on est rentré et on reparti une autre fois !!!
    Bien content que ce ne soit qu'un rêvé et bien content que vous laissiez tomber l'Iran pour prendre la même route que nous mais dans l'autre sens. Vous allez avoir bien du plaisir et des surprises j'en suis sur !
    Du coup, on va ressortir les adresses et vous les faire passer.
    En attendant de bouffer du désert, on vous souhaite tout le meilleur pour la fin du Pakistan.
    Dans quelques semaines, on vous suivra depuis notre yourte, en attendant de vous y accueillir !
    grosses bises.

    kametju