Le Xinjiang, pays des Ouighours, ces musulmans chinois... 310km du 2 au 6 Mai

Nous entrons donc en Chine le 2 mai en fin d'apres midi. Un premier poste de controle chinois est situé un centaine de metres apres le col. Vu l'heure tardive, nous espérons que les formalités seront rapides et que les douaniers vont nous laisser repartir sans fouiller tout les sacs (un deuxieme controle ayant lieu de toute maniere a l'arrivee a Tashkurgan). Malheureusement, les officiers chinois commencent a monter dans le bus puis sur le toit, déchargeant les sacs les uns apres les autres, ouvrant les sacs de marchandises au couteau,... Une longue attente dans le froid commence. Nous recuperons toutes nos affaires et passons un premier controle avec nos sacs. La fouille sera tres minutieuse (en particulier sur Nicolas, peut etre le camouflage est-il trop parfait?), les officiers regardent avec attention les livres que nous transportons, palpent les doudounes, ouvrent toutes les petites poches de nos sacs, gardent la cle USB pour l'inspecter... Apres presque deux heures de controle, nous repartons enfin, il fait presque nuit et il nous reste encore 140 km a faire pour rejoindre Tashkurgan.

Nous arriverons finalement a 22h avec un deuxieme controle a effectuer. Heureusement que ce coup ci, on se contentera de faire passer les sacs aux rayons X. Mais encore une fois, notre camouflage nous fait défault et nous avons le droit tout les deux au passage dans la cage a rayon X pour humain... Finalement, nous ressortons libre vers 23 heures avec toutes nos affaires et ce ne sera pas le cas de tout le monde (notamment Abdul, un ami pakistanais rencontré a Sost devra revenir le lendemain pour récupérer son passeport..).

Romain en compagnie de Steven et Heidi, en direction de Karakul
Romain en compagnie de Steven et Heidi, en direction de Karakul

Pour notre premiere journée en Chine, une longue cote avec vent de face nous attend. Heureusement que le temps est beau et les paysages magnifiques. Apres avoir fait les courses a Tashkurgan pour les prochains repas (pas facile de savoir ce qu'on achete quand tout est ecrit en chinois et que personne ne parle un mot d'anglais), nous prenons la route vers Karakul en compagnie de Heidi et Steven, un couple belge rencontre au Pakistan et avec qui nous passerons deux journées de vélo tres sympatiques.

Alors que nous nous appretons partir, un policier en civil vient controler nos passeport et nous demande ou nous allons. Quand il apprend que nous souhaitons rejoindre Kashgar a vélo, il nous dit que c'est impossible, que nous devons prendre le bus... Apres quelques minutes de négociation infructueuse, nous décidons quand meme de partir en prétextant que nous retournons a l'hotel. Nous prenons alors immediatement la route vers Karakul et nous n'entendrons plus jamais parler de cet officier ! Les checks point sur la route nous laisserons passer sans faire de probleme. 

Contrairement au nord du Pakistan, les vallées sont ici larges avec de vastes plaines herbeuses, surblombées par des sommets enneigés. La route est en excellent état et apres les 300 km de piste du cote pakistanais, c'est appréciable!

Famille Tadjik attendant le bus
Famille Tadjik attendant le bus

Dans la montée jusqu'au col, nous croisons quelques villages peuplés par des tadjiks. Les femmes portent des chapeaux brodés et colorés. Les maisons sont en terre cuites et les villages souvent désolés et pauvres.

De l'autre cote du col, nous redescendons rapidement en direction de Karakul avec pour une fois un vent dans le dos. Les gens sont maintenant majoritairement Kirghizes, facilement reconnaissables par leurs grands chapeaux blancs et noirs et leurs yourtes. Des que les beaux jours arrivent, les Kirghizes viennent s'installer avec leur yourte sur les bords du lac. Nous passeront sans doute un peu trop tot dans la saison, et les seuls yourtes que nous apercevront sont des yourtes en béton destinés aux touristes. D'ailleurs, les premiers Kirghizes rencontrés s'empresseront de nous proposer ''l'hospitalité'' en echange de quelques yuans. Ca manque un peu de charme et nous préfererons dormir sous la tente.

On retrouve les chameaux, comme en Mongolie!
On retrouve les chameaux, comme en Mongolie!

Nous installons donc notre campement au bord du lac, derriere une petite bute pour ne pas etre vu depuis la route ou les campements de yourtes. Quelques instants apres s'etre installe, nous recevons la visite des responsables du parc national de Karakul qui nous demandent de demonter notre tente et d'aller dormir dans une des yourtes voisines (en echange de quelques dizaines de yuans) ou 20 km plus loin, en dehors du parc... Nous n'avons vraiment pas envie de dormir forcés dans une yourte et pédaler 20 km de plus apres une longue journée de vélo ne nous emballe pas non plus. Sous les yeux des chinois amusés, nous remballons nos affaires, et reprenons quand meme la route. Quelques dizaines de metres plus loin, nous tentons a nouveau notre chance en prenant soin de ne pas etre vu lorsque nous quittons la route principale. Ce coup ci nous ne serons pas derangés et nous pourrons profiter tranquillement d'une soirée au bord du lac. Et pour feter notre entrée en chine, on se delecte de la derniere petite boite de foie gras qu'il nous reste au fond du sac... Avec les traditionnelles nouilles chinoises, c'est un festin!

Le lendemain matin, nous aurons la visite de quelques Kirghizes curieux qui ont installés leurs yourtes un peu plus loin. Ils ne semblent pas vivre du tourisme mais de leur troupeau et le contact sera beaucoup plus agréable que la veille. 

Campement au bord du lac Karakul
Campement au bord du lac Karakul

La route reliant Karakul a Kashgar sera majoritairement de la descente dans un canyon avec du vent de face. Ce ne sera pas la partie la plus interressante de la Karakorum Highway.. Le fort vent qui souffle le sable, rend la visibilité limitée et fini par nous ramener la pluie.

Devant l'intensité de celle-ci, on se décide a s'arreter en milieu d'apres midi et demandons la permission de planter la tente dans le jardin d'une maison en bord de route. Une fois l'autorisation obtenue et la tente montée, on s'empresse de s'abriter sous la tente pour manger un bout. La police chinoise en profite pour nous rendre une premiere visite pour se renseigner sur notre identite et nos projets pour les prochains jours. Et apres avoir pris une photos de nos passeports, ils nous laissent finir notre repas tranquillement. La pluie continue de tomber toute la soirée et on se decide donc a se coucher pour etre en forme le lendemain (et aussi parce qu'il n'y a pas grand chose d'autre a faire...). Vers 22h, alors que nous sommes tout les deux profondément endormis, nous avons une deuxieme visite de la police chinoise (mais apparement ce ne sont pas les memes services..). Cette fois ci, alors qu'il pleut toujours autant, l'officier nous demande de sortir de la tente pour un controle de papier. Devant notre refus catégorique de sortir de notre duvet, il nous tend une feuille de papier a travers la porte de la tente pour que nous la remplissions. Une fois les formulaires remplis, il prend a nouveau une photo de nos passeports et nous informe que la zone ou nous sommes est reglementée et que nous n'avons pas le droit de dormir ici... mais que vu le temps et l'heure, il nous autorise a passer la nuit ici a condition que nous partons vers Kashgar le lendemain matin.

Le lendemain, la pluie a cessé mais le temps est toujours aussi gris. Nous rejoindront Kashgar en début d'apres midi, content d'en avoir fini avec cette partie un peu monotone.

 

Sur la route vers Kashgar, on retrouve la specialite locale : des nans parfumes a l'onion
Sur la route vers Kashgar, on retrouve la specialite locale : des nans parfumes a l'onion

L'ouest de la Chine, le Xinjiang, est le pays des Ouigours, peuple turcophone musulman que l'on retrouve du Turkménistan au Kirghizistan. 

Kashgar est une ville mythique. C'était en effet le carrefour de toutes les routes de la soie. Les routes partaient ou finissaient à Ch'ang-an (l'actuel Xi'an) dans l'Est de la Chine. Une route passait par le nord, l'autre par le sud, mais les deux aboutissaient à Kashgar. Ensuite les routes prenaient plein de directions différentes. Le Pakistan, la route vers le sous-continent Indien, l'Afghanistan, mais également le Tadjikistan, le Kirghizistan et le Kazakhstan. Suivaient l'Ouzbékistan (Samarcande et Boukhara), le Turkménistan (Merv), puis l'Iran (Ispahan, Tabriz) et la Turquie.

Comme au Tibet, les Hans colonisent tout et le vieux Kashgar diminue progressivement, entouré par une ville typiquement chinoise avec ses grands boulevards, ses grands magasins mais aussi ses petites échoppes. Bien qu'entourées de grues la demolissant petit a petit, la vieille ville est intéressante avec ses petites mosquées, ses vieilles maisons en pise aux balcons en bois, ses petites ruelles, ses maisons en terres cuites, ses petits artisans,...

Le Xinjiang est une region sensible pour les chinois. Les affrontements d'Urumqui l'annee derniere sont venus renforcer l'emprise chinoise sur la region. Du coup, la police est présente un peu partout et pendant tout notre passage au Xinjiang, nous nous sommes sentis suivi a la trace.

Un artisan dans le bazar de Kashgar
Un artisan dans le bazar de Kashgar

Nous resterons une nuit a Kashgar, tout juste le temps de visiter la vieille ville, de faire le plein de délicieuses brochettes de moutons, et nous voila reparti en direction du Kirghizistan. Nous sommes un peu pris par le temps a cause de la date d'expiration du visa Kirghiz et Ouzbek (30 mai pour les deux). Pour avoir un peu plus de temps pour visiter ces deux pays, nous décidons de prendre une jeep commune (c'est le seul transport en commun, les bus ont été annulé depuis peu) pour rejoindre la frontiere Kirghize - et puis il faut dire que les officiers chinois ne nous ont malheureusement pas donné envie de nous attarder dans le coin.

Nous faisons donc le voyage avec 2 mamies khirghizes, professeur de chimie a la retraite. Les paysages traversés en jeep sont magnifiques et c'est avec un peu de frustration que nous traversons ces contrees aussi rapidement, mais le Kirghizistan nous attend... et puis il pleut alors bien au chaud dans la jeep c'est pas si mal non plus ;-).

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Commentaires : 7
  • #1

    kametju (mercredi, 12 mai 2010 22:01)

    De doux reves vont peuplés ma nuit après cette virée en votre compagnie.
    De vous lire me permet de comprendre un peu mieux les commentaires que les gens nous ont laissé sur le blog.
    je viens de voyager un peu plus loin ce soir !

    On vous attend toujours de pieds ferme.
    On a des surprises pour vous !!!

    Bises

  • #2

    routedescimes (mercredi, 19 mai 2010 09:26)

    Des surprises pour nous? C'est quoi, un permis pour le Tibet? un visa iranien? un ticket pour le bateau Aktau-Bakou? ;-))
    Promis on se depeche, bougez pas on arrive!
    Bises

  • #3

    Candice (Gabon) (mercredi, 19 mai 2010 11:15)

    Superbe photos, magnifiques paysages et passionnante culture! Merci à tous les deux de partager votre voyage. J'adore la photo de la famille Tajik attendant le bus. Très belle composition :) Digne du National Geographic !! haha :) Continuez à pédaler et à nous faire rêver. Bonne route et à la prochaine!

    cx

  • #4

    NicoNPC (dimanche, 23 mai 2010 09:15)

    Vous savez quand vous atteignes strasbourg?

  • #5

    Lotte (mardi, 01 juin 2010 12:47)

    Salut,
    Je suis en retard!! que de choses à lire et à voir, merci.
    c'est fou ces maisons plates au milieu du désert, il y a des gens qui y vivent ?? (elles ont l'air un peu abandonnées)
    En tout cas, au comportement de la police près, ça donne presque envie d'aller en Chine...
    A+

  • #6

    Lotte (mardi, 01 juin 2010 12:50)

    J'oubliais : vous voyagez léger comparé à vos compagnons de voyage belges! on aurait même presque l'impression que l'équipement diminue avec le temps...

  • #7

    Mariusz (mercredi, 30 mai 2012 15:54)

    Nice one info, thx